Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

15/04/2010

Van Rompuy annonce l’extension des mesures de restriction grecques à l’ensemble de l’Europe

« Les réformes nécessaires pour réduire les déficits budgétaires dans les pays de l’Union européenne imposeront des mesures impopulaires », a déclaré Herman Van Rompuy, président du Conseil européen, dans un entretien donné à quatre grand quotidien européens, Le Monde, El Pais, De Standaard et le Frankfurter Allgemeine Zeitung.

vanrompuy

« Quand je vois l’agenda, les réformes nécessaires, les défis budgétaires, on sera contraint de prendre des mesures impopulaires », a souligné M. Van Rompuy, sans préciser toutefois s’ils s’agissait de l’agenda des État européens ou celui du groupe Bilderberg, qui l’a fait nommer à son poste.

« On devra le faire, on n’aura pas le choix. Ce sera très dur, mais nous n’échapperons pas à certaines réformes impopulaires », a-t-il encore ajouté.

Le président du Conseil européen est ensuite longuement revenu sur la situation économique de la Grèce, et le « mécanisme » du plan d’aide auquel les 27 pays membres devraient participer si Athènes se retrouvait en situation de défaut de paiement – ce qui ne devrait plus tarder à être le cas.

Premier test mardi

Les ministres des Finances de la zone euro, la Banque centrale européenne et la Commission européenne tiendront ce dimanche une vidéo-conférence pour « concrétiser les mécanismes d’aide à la Grèce ».

Jean-Claude Juncker, patron de l’Eurogroupe, et le commissaire européen chargé de l’économie et des finances, Olli Rehn, devraient tenir une conférence de presse dans la foulée.

L’objectif de la manoeuvre est de tenter de rassurer les marchés. La Grèce doit en effet emprunter environ 11 milliards d’euros d’ici fin mai pour refinancer sa dette (et quelque 53 milliards d’euros sur l’ensemble de l’année). Un premier test aura lieu mardi, lorsqu’Athènes placera sur les marchés pour 1,2 milliard d’euros à six et douze mois. La tâche semblait impossible la semaine dernière, et on ne voit pas bien pourquoi elle s’améliorerait alors que l’agence de notation Fitch a abaissé sa note sur la dette souveraine grecque à BBB- avec perspective négative.

Faillite généralisée

Compte tenu de leur situation respective, on voit mal comment les pays de l’Union pourraient venir en aide à la Grèce.

La Banque des règlements internationaux vient juste de publier un rapport qui indique, pour chaque État, la situation de la dette publique dans les dix ans à venir. Ainsi, pour le Royaume-Uni, la dette publique représentera plus de 200 % du PIB. En Belgique, en France, en Irlande, en Grèce, en Italie et aux États-Unis, la dette publique sera de plus de 150 % du PIB, et représentera plus de 20% du budget.

Les dirigeants des pays européens peuvent continuer à faire des discours mais, au-delà des paroles, ils ne sont d’ors et déjà plus capables de faire quoi que ce soit, peut-être même pas d’éviter leur propre banqueroute.

La Grèce peut toujours attendre.

Mecanopolis

bulletin

Pousser la Grèce dans les bras du FMI

De réunion en réunion, les gouvernements de la zone euro ne sont toujours pas parvenus à lever le veto de l’Allemagne, dont l’objectif est de pousser la Grèce dans les bras du FMI, afin de ne pas être financièrement impliqué dans son sauvetage, et de défendre ce que l’on commence à appeler le deutscheuro.

fmi

Une téléconférence de l’Eurogroup devait avoir lieu ce dimanche à 14 heures, sans attendre la réunion des ministres du week-end prochain de Madrid, la situation réclamant qu’une décision soit prise sans tarder. C’est sans doute la réunion de la dernière chance, la Grèce n’ayant ensuite plus comme issue que de demander tôt ou tard l’intervention du FMI, dont les experts sont déjà à pied d’oeuvre.

Cette gestion calamiteuse de la première crise de la dette publique augure très mal de celles qui vont suivre. En Europe pour commencer. L’heure n’est plus à déplorer l’impéritie dont les gouvernements font preuve ou bien de tenter de décrypter leurs calculs. Peu importe, car le fait est là : la Grèce va être pour les Etats le signal que Lehman Brothers a été pour les banques, aussi résolument même si son effet va être plus progressif. L’affaire ne peut pas et ne va pas en rester là. De premiers Etats, les plus vulnérables, vont rejoindre les banques dans un même statut de sinistré. « Dans quoi nous entraînent-ils ? quelle démonstration veulent-ils faire? », nous commençons à la comprendre.

Si la crise grecque a mis en évidence une chose, c’est que l’effet domino (on dit systémique maintenant) est susceptible de fonctionner en Europe, non pas selon un seul mécanisme mais avec la combinaison de deux : une brutale et incontrôlable hausse des taux obligataires atteignant un nouveau pays – la liste des pré-sélectionnés est connue – les banques pouvant ensuite vite répandre le mal, comme le cas de la Grèce le montre en ce moment. Car les grandes banques européennes sont gavées d’obligations d’Etats, et un plan global de restructuration de la dette qui interviendrait à la faveur de la crise d’un pays européen, avec réduction de peine à la clé, pourrait générer en retour un rude choc pour certaines. Confirmation du fait que les secousses successives de la crise – dégonflement brutal puis très lent de la dette privée, gonflement irrésistible de la dette publique – influent l’une sur l’autre, ce qui n’arrange rien.

En conséquence, il n’est pas concevable de laisser un pays faire défaut. Cette contrainte risquerait à force de poser problème, même au FMI, si les sauvetages devaient se succéder et le montant de l’addition s’envoler. Quant à elles, les banques centrales ont déjà donné tout ce qu’elles pouvaient, et sont désormais réduites au rôle de figurant. C’est clairement le cas de la BCE, qui n’est pas aux commandes, comme celui de la Fed. Cette dernière est traversée par des débats internes transparaissant de plus en plus, exprimant des désaccords accrus entre les membres du comité de politique monétaire à propos du maintien ou non de ses mesures de soutien et du risque d’apparition d’une nouvelle bulle financière privée pour certains, du retour de l’inflation pour d’autres. Ayant utilisé leur artillerie monétaire, les banques centrales n’ont plus d’autre ressource et leur seul discours possible porte sur les modalités et le calendrier de retrait des dispositions qu’elles ont prises.

Une seconde vérité commence à se faire jour, illustrant en contre-point que les gouvernements n’ont pas encore pris toute la mesure de la situation. Ils se réfugient toujours dans l’illusion que des plans de rigueur budgétaires (assortis de hausses d’impôts) vont permettre de réduire la voilure de l’endettement et de dégonfler la bulle publique, ne s’y engageant cependant qu’avec la plus extrême prudence, quand ils le peuvent. Sachant pourtant qu’une course de vitesse est engagée entre la hausse des taux obligataires, qui a débuté pays par pays, et un désendettement progressif, qui n’a pas commencé.

Mais les choses ne sont pas si simples. Les gouvernements doivent faire face à deux impératifs strictement contradictoires : diminuer les dépenses, mais sans plonger leur pays dans la récession. Ils sont aussi placés devant une autre réalité qui complique le jeu: la dette publique est pour une large part structurelle. Un mot qui, dans le langage des économistes, signifie qu’il faut remuer des montagnes pour y changer quoi que ce soit.

C’est la Banque des règlements internationaux (BRI) qui l’a annoncé de toute son autorité, et a analysé les dérangeantes conséquences. Elles sont toutes simples : la charge de la dette (le règlement de ses seuls intérêts) va atteindre des sommets dans les années à venir, dépassant souvent de beaucoup le seuil de 20% des ressources budgétaires des Etats occidentaux. Ce qui signifie qu’il va être pratiquement impossible pour ceux-ci de diminuer leur déficit primaire, car le payement des intérêts de la dette va absorber une partie très importante des économies réalisées dans le cadre des plans de rigueur, destinées à l’origine à réduire le déficit. C’est ce qui pourrait se passer pour la Grèce, qui est décidément un laboratoire. Ce nouveau paramètre pourrait entraîner les économies dans une spirale déflationniste descendante. Le Japon devenant alors le modèle précurseur et peu enviable de l’économie occidentale.

Qu’importe si la BRI, pour étayer sa démonstration, considère que le vieillissement de la population dans les pays occidentaux est à lui seul la source de la hausse de la dépense publique, ou si elle voit les efforts budgétaires de réduction de la dette comme unique cause du faible taux de croissance futur des pays de l’OCDE. Deux analyses que l’on va beaucoup entendre et qui ont en commun d’escamoter le reste. La conséquence est que l’effort de réduction du déficit, s’il est réalisé, va précipiter les pays occidentaux dans la déflation, réduisant leurs rentrées fiscales et accentuant encore la part de leurs ressources attribuée au payement de leur dette.

Le décalage est impressionnant entre cette logique, les hésitations et les soubresauts qu’elle annonce, et les discours des gouvernements. Surtout si l’on écoute les partisans les plus farouches de la pensée néolibérale axiomatique, les Tories britanniques, Républicains américains et autres Libéraux allemands, qui expriment de manière crue le credo partagé plus mezzo voce par tous les autres. Toutes ces équipes se trompent d’époque et ne maitrisent toujours rien. La planche de salut qu’ils cherchent à imposer ne mènera nulle part. Au bout de la rigueur subsistera encore un énorme déficit et nous aurons à la fois l’une et l’autre !

Les marchés, eux, auront trouvé un nouveau gisement d’actifs à bon rendement et à faible risque. Risquant à force de faire de ce placement de père de famille de véritables junk bonds à l’arrivée ! L’industrie financière, décidément, n’est pas fréquentable. Elle nous prépare un nouveau méga transfert financier en sa faveur.

Alors que les Etats-Unis étaient encore en retrait à propos de la réduction de leur déficit public, Ben Bernanke, le président de la Fed, vient de prononcer à Dallas un discours annonciateur de la suite des opérations. Très prudent lorsqu’il a abordé les chapitres de la croissance, du chômage, de l’activité de crédit, ou de la reprise du marché du logement, il a par contre annoncé la certitude de « choix difficiles » à venir. Le pays aura, selon lui, à choisir inévitablement entre des impôts plus élevés, des modifications dans les programmes d’allocations chômage ou de sécurité sociale, des dépenses publiques moins fortes, de l’éducation à la défense, ou une combinaison de ces différentes propositions. Ben Bernanke sortait-il de la mission de la Fed – la lutte contre l’inflation et le chômage – en abordant ses thèmes ? Son discours aurait en tout cas pu être prononcé par Barack Obama, qui n’a toutefois jamais été aussi précis jusqu’à maintenant.

On assiste actuellement à l’élargissement d’un grand écart. Avec d’un côté un monde financier toujours subventionné par les banques centrales, qui continue d’accumuler bénéfices et résultats tout en masquant ses pertes réelles, et de l’autre une économie dont la faible relance dépend toujours de mesures de soutien public, y compris et surtout aux Etats-Unis. Comme si ces deux mondes de la finance et de l’économie étaient animés par des dynamiques dissemblables, l’économie réelle jouant le rôle de la parente pauvre.

Fermer les portes des salles de jeu du casino pourrait y remédier, mais cela n’en prend pas le chemin : le grand écart va donc se poursuivre, s’installer et risque de s’accentuer. Cela va s’accompagner de lourdes conséquences sociales et politiques, si cette logique s’impose.

Dans le fastidieux labyrinthe des mesures de la future régulation financière, encore à l’étude, un exemple permet d’illustrer la tendance. Michel Barnier, commissaire européen au marché intérieur et aux services financiers a, le 4 avril dernier, stupéfait l’assistance d’une assemblée de financiers à Londres, en envisageant de modifier la composition de l’IASB, l’organisme international qui définit les normes comptables. Celui-ci se refusant depuis des semaines à assouplir comme demandé par Bruxelles sa position, Michel Barnier a tout simplement proposé d’en modifier la composition, afin qu’en soient membres plus de représentants des régulateurs nationaux, des banques et des entreprises. Il a aussi précisé, à titre d’amicale pression, que le projet d’augmentation du budget de l’IASB était prématuré, les deux questions étant liées. On sait les enjeux qu’il y a derrière l’adoption de nouvelles normes comptables, attendues comme le Messie par la profession bancaire en Europe, afin de pouvoir sortir de la clandestinité et présenter des bilans officiellement estampillés.

Certes, L’industrie financière ne va pas sortir totalement indemne. Elle va devoir s’accommoder de contraintes, contre lesquelles elle bataille avec la dernière énergie – notamment à propos des projets de taxe des banques et de l’augmentation des fonds propres – son activité allant être plus ou moins bridée suivant les décisions qui seront finalement prises.

Fondant ses espoirs dans la relance du marché de la titrisation, toujours en panne quand il n’est pas garanti par l’Etat, même si elle sait que ses beaux jours sont derrière lui, elle va s’efforcer de compenser les limitations apportées à ses champs d’action par l’ouverture de nouveaux marchés, en utilisant un instrument et une mécanique qui ont fait, si l’on peut dire, leurs preuves : celles des produits dérivés, à la fois coeur et poumons. Et elle va profiter sans attendre de la hausse progressive des taux sur le marché de la dette, qui va néanmoins l’atteindre par ricochet, quand elle devra à son tour lever des capitaux pour accroître ses fonds propres (à moins que d’autres formules sophistiquées plus souples, en discussion, soient admises comme éligibles et les soulagent).

L’industrie financière va utiliser ses énormes capitaux afin d’assouvir en priorité et à sa manière ses besoins insatiables. Car, moins que jamais dans la période qui s’annonce, l’économie réelle va se révéler en mesure de lui offrir les rendements de ses rêves. Cette dernière, de son côté, va devoir accepter des taux élevés pour financer son activité sur le marché obligataire privé, les banques n’étant plus en mesure – en raison de leurs nouveaux ratios de fonds propres – de distribuer comme auparavant le crédit, ou considérant surtout qu’elles ont mieux à faire que de se recapitaliser ou de prêter aux grandes entreprises.

Ce désquilibre global vaut, et bien plus, tous les déséquilibres commerciaux qui mobilisent en ce moment les chancelleries et que les Chinois et les Allemands, les deux premiers exportateurs mondiaux, sont sommés de réduire. Mais il est ignoré par des gouvernements qui s’accrochent toujours et encore à l’idée que la machine repartira comme avant, une fois que la dette publique aura été contenue et réduite. Un pari, un de plus, qui n’est pas gagné.

François Leclerc

Mecanopolis

JPMorgan annonce un bénéfice en hausse, meilleur que prévu AFP Au premier trimestre 2010, le bénéfice net de l’établissement américain ressort à 3,3 milliards de dollars, en hausse de 55% sur une année; les attentes ont été dépassées

Pendant que les citoyens croulent sous les dettes les banques s'enrichissent !

Au premier trimestre 2010, le bénéfice net de l’établissement américain ressort à 3,3 milliards de dollars, en hausse de 55% sur une année; les attentes ont été dépassées

La banque américaine JPMorgan Chase a publié mercredi des résultats meilleurs que prévu, tirés par la banque d’investissement, avec un bénéfice net en forte hausse au premier trimestre.


Le temps


28/03/2010

Le complot de la Réserve Fédérale

23/03/2010

« Les pays n’ont pas d’amis, mais des intérêts »

Chahutée depuis de longs mois, la Suisse a-t-elle encore des amis? Après avoir interrogé des personnalités suisses et européennes, le quotidien suisse «Le Temps» donnait il y a quelques jours la parole à Christoph Blocher, fondateur du parti d’extrême droite suisse Union Démocratique du Centre (UDC) et ex Conseiller fédéral.

blocher

Après les témoignages de personnalités européennes dans notre édition de samedi (LT du 13.03.2010), l’ancien conseiller fédéral Christoph Blocher livre au Temps sa vision de la Suisse dans le monde.

Le Temps: L’UDC s’est prononcée pour le maintien du secret bancaire et la distinction entre fraude et évasion fiscales. Ne devrait-on pas être honnête avec les citoyens et dire que le secret bancaire est mort, que c’est l’UBS qui l’a tué aux Etats-Unis?

Christoph Blocher: Le secret bancaire en faveur du client doit être maintenu. C’est notre stratégie, respectueuse du droit suisse. Que ce soit face aux Etats étrangers ou face aux autorités suisses, il doit être préservé. C’est une valeur de la Suisse. De même que la double incrimination – le délit doit être poursuivi dans les deux pays – comme condition de l’octroi de l’entraide administrative à des Etats étrangers. Il existe déjà une «stratégie de l’argent propre». C’est l’interdiction faite aux banques d’inciter leurs clients à frauder le fisc. Si elles le veulent, les banques peuvent parfaitement exiger de leurs clients une attestation fiscale. Mais c’est leur libre choix, l’Etat n’a pas à contrôler les affaires bancaires, sauf en cas d’actions criminelles.

– Toutes les banques suisses n’ont pas été respectueuses de la loi…

– On a vu malheureusement quelques banques qui n’ont pas respecté ces règles. Elles doivent en assumer les conséquences. Mais le secret en faveur des clients doit être maintenu pour protéger les bonnes relations entre l’Etat et les citoyens. Ce n’est pas la première fois qu’on nous demande d’abolir le secret bancaire. Si on veut modifier ces lois, l’UDC lancera un référendum.

– Le Conseil fédéral a pourtant proposé d’abandonner la différence entre fraude et évasion fiscales vis-à-vis de l’étranger pour accorder l’entraide administrative…

– C’est totalement contraire aux principes suisses. A l’UDC, nous y sommes opposés. Il est très dangereux pour un petit pays de céder sur les principes à la moindre pression. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans une guerre économique. Mais nous ne sommes pas dépourvus d’arguments: il existe déjà un impôt anticipé qui sera, après la phase transitoire, de 35% (actuellement 20%) sur les intérêts des avoirs bancaires. C’est dissuasif pour ceux qui voudraient frauder le fisc à l’étranger. C’est cette stratégie de l’impôt libératoire, reversé aux pays d’où proviennent les déposants, que nous voulons développer. Voilà la stratégie que le Conseil fédéral doit mettre en œuvre en négociant avec nos voisins. Mais pas d’échange automatique d’informations, ni, comme les radicaux le proposent, de contraindre les banques à jouer la police fiscale.

– Mais vous savez bien qu’aucun pays européen ne veut de cet impôt libératoire. Les gouvernements sont poussés par leur opinion qui veut la transparence et la justice fiscales. «Vous avez quelque chose à cacher et vous pensez qu’il suffit de payer», disent-ils à la Suisse…

– Il n’y a pas de raison de s’incliner juste parce que les autres font un peu pression. C’est une question de volonté. Vous savez, à Berne, on a constamment peur d’être sur une liste noire et on change chaque jour d’avis. Les gouvernements voisins vont d’abord refuser, mais cela peut changer. L’Italie, par exemple, serait prête à en discuter. Si on a une stratégie claire et une décision ferme du Conseil fédéral, on peut y arriver.

– Vous êtes dur avec vos anciens collègues du Conseil fédéral…

– Le Conseil fédéral n’a pas de stratégie. Nous ne sommes pas dirigés pour le moment. Ce n’est pas comme cela qu’on conduit un pays.

– Le problème, c’est que la Suisse n’a pas d’allié. Elle est en difficultés avec tous ses voisins…

– Arrêtons d’avoir peur. Les pays n’ont pas d’amis. Ils ont des intérêts. La Suisse doit défendre ses intérêts et ses droits. Elle n’est pas isolée. Nous avons par exemple un problème avec le secret bancaire. Mais d’autres pays cherchent des alliés pour résoudre d’autres questions. Comme par exemple le transit nord-sud ou la libre circulation des personnes. Ou les Etats-Unis dans les affaires de terrorisme. Nous pouvons souvent offrir une solution. Il faut lier ensemble les différents intérêts. Echanger une aide contre une autre. Mais le Conseil fédéral refuse de le faire. Chaque département conduit ses propres dossiers indépendamment des autres.

– La Suisse n’est pas isolée, puisque son économie est intégrée à plus de 80% dans celle de l’UE, la moitié de nos lois sont eurocompatibles. Nous faisons partie de Schengen, de la libre circulation, etc. Pourquoi ne pas franchir le dernier pas?

– Vous avez raison, nous sommes totalement européens. Une personnalité européenne m’avait dit: «La Suisse n’a pas besoin d’adhérer à l’UE, elle y est déjà si liée.» Mais les Suisses veulent décider librement de leur futur par le biais de la démocratie directe. Et c’est pourquoi le taux de TVA en Suisse n’est que la moitié de celui de nos voisins. Ici, les citoyens décident de leurs impôts. Autre exemple, le peuple n’aurait pas pu voter contre les minarets dans l’UE.

– Vous en êtes certain?

– Oui, car en Europe les règles sont les mêmes pour tous les pays et décidées par des fonctionnaires à Bruxelles. L’ancien président allemand Roman Herzog avait dit à l’époque déjà que 80% des lois allemandes sont élaborées à Bruxelles.

– Mais en Suisse, plus de la moitié de nos lois sont alignées sur les directives européennes sans même que nous ayons un droit de codécision…

– Oui. Berne, s’aligne avant même que l’Europe demande quelque chose. C’est une bêtise. Le Conseil fédéral entend quelque chose de Bruxelles, aussitôt il veut adapter le droit suisse. Mais l’essentiel, c’est que la moitié des lois, les plus importantes, est décidée de manière indépendante en Suisse. C’est la démocratie directe, la TVA, la justice, etc. Pour le reste, que la signalisation des routes nationales soit la même que dans le reste de l’Europe, cela ne me gêne pas. Mais la démocratie directe n’est pas compatible avec l’UE. Et il y a le franc suisse. Nous défendons l’indépendance monétaire. C’est un élément central de notre souveraineté.

– Les membres de l’UE ne sont pas tous dans la zone euro…

– Les anciens, oui, comme la Grande-Bretagne. Mais comme nouveau membre, nous y serions contraints. Comme non-membre, nous avons aussi le droit de mettre fin à l’accord sur la libre circulation, si nous le voulons, ou dicter nos conditions pour le trafic nord-sud. Je ne dis pas qu’il faut le faire, mais cela reste une possibilité si les pays de l’UE font trop pression sur nous. Je ne redoute pas les conséquences. Nous sommes le troisième partenaire économique de l’Europe. On ne maltraite pas un bon client comme la Suisse.

– Quand vous étiez ministre de la Justice, avez-vous fait diminuer le rythme des adaptations au droit européen?

– Oui. Enfin, j’ai fait plutôt des adaptations qualitatives, avec davantage de liberté. Il faut préserver notre souveraineté, même s’il y a quelques désavantages.

– En mars 2008, vous aviez déclaré être opposé à de nouveaux accords bilatéraux avec l’UE, car «plus aucune question essentielle n’est ouverte s’agissant de la défense des intérêts de la Suisse». Or, précisément, la Suisse aimerait rejoindre REACH, la nouvelle législation européenne pour l’homologation des produits chimiques. Cela concerne votre entreprise Ems-Chemie…

Je ne connais pas la réglementation REACH. Mais je ne suis pas systématiquement contre les accords bilatéraux. Peut-être un tel accord est-il intéressant. Je suis contre les conventions qui diminuent la marge de manœuvre de la Suisse. Comme par exemple dans la libre circulation des personnes. Cela a abouti à ce que des gens s’installent en Suisse, font venir leur famille et après quelques mois y restent même si elles sont sans travail et profitent de l’assistance sociale. On ne peut plus les renvoyer. Nous ne devons pas signer des accords comme si nous étions membres de l’UE. Il faut des engagements que nous puissions modifier ou alors limités dans le temps. Pas de texte qui nous oblige à reprendre l’évolution du droit européen.

– Faut-il changer le gouvernement de consensus qui ne permet plus de faire face aux crises et aux défis?

– Il ne faut pas changer le système de consensus. Par contre, l’UDC a proposé d’élire le Conseil fédéral par le peuple. Cela améliorerait sa responsabilité face aux citoyens. Je crois que la crise vient surtout du fait que l’administration, l’élite, ne s’engage plus pour la Suisse. La Suisse est devenue trop petite pour eux. Ils rêvent d’UE. Ils ne pensent plus qu’être un petit Etat est notre sort, mais notre faute. La Suisse est plus menacée de l’intérieur que de l’extérieur.

– On vous voit revenir sur le devant de la scène politique. Vous êtes toujours le vrai leader de l’UDC. Pourquoi ne pas en reprendre la présidence?

– Le président Toni Brunner fait très bien son travail. Il faut assurer une relève des jeunes. Pour ma part, je m’occupe de la stratégie de l’UDC. Le parti zurichois aimerait que je me porte candidat aux élections nationales de 2011. J’y réfléchis. Mais je ne serai plus candidat au Conseil fédéral.

– Vous pensez que la Suisse restera à l’avenir un Sonderfall, un cas particulier?

– Oui, si nous en avons la volonté. C’est possible, je le souhaite, parce que c’est notre chance.

Entretien réalisé par Le Temps (Suisse)

MECANOPOLIS