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15/11/2015

Collon : «Les attentats sont une conséquence de la politique française ambiguë contre le terrorisme»

Collon : «Les attentats sont une conséquence de la politique française ambiguë contre le terrorisme»

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© TT News Agency Source: Reuters

La France et les Etats-Unis ont soutenu les terroristes en Afghanistan, maintenant cela s’est retourné contre la France, explique l'écrivain, journaliste et fondateur du Collectif Investig'Action, Michel Collon dans une interview à RT.

RT : Plus d’une dizaine de pays, notamment la France, prennent part aux bombardements contre l’Etat islamique. Si c’est vraiment Daesh qui a perpétré ces attaques à Paris, pourquoi ont-ils choisi la France comme cible ?

MICHEL COLLON (M.C.) : D’abord, la France a soutenu le terrorisme avec les Etats-Unis, mais maintenant ces terroristes ont leur propre agenda, ils sont allés trop loin. Parce qu’il existe une résistance en Syrie, au Moyen-Orient, il y a une intervention russe… C’est pour ça qu’ils réalisent maintenant que l’Occident avait une politique très ambiguë à l’égard du terrorisme, lorsque Laurent Fabius estimait par exemple que le Front al-Nosra faisait du bon travail.

Je crois que maintenant ces gens se sentent trahis et se retournent contre la France.

Mais ce n’est pas quelque chose de nouveau. Cette histoire a commencé en 1979, quand M. Brzezinski, qui était à la tête de la diplomatie américaine, a armé, formé et envoyé Ben Laden, et ce type de terroristes, en Afghanistan. Et puis, ils ont aussi utilisé ce type de terrorisme en Yougoslavie, en Irak, dans la Caucase, en Libye, en Syrie. C’est une politique générale et malheureusement, l’attitude des Etats-Unis de bombarder les terroristes est très récente et très limitée. Nous avons vraiment besoin d’une analyse équilibrée de ce phénomène.

En savoir plus : Dans une vidéo Daesh menace la France de nouvelles attaques terroristes

RT : Le groupe terroriste a promis de faire payer la France pour ses frappes aériennes en Syrie et en Irak. Les autorités françaises auraient-elles pu mieux se préparer ?

M.C. : Je ne suis pas un spécialiste du renseignement… Le problème n’est pas seulement de savoir si l’on peut arrêter ce type particulier des terrorisme. Encore une fois, je ne suis pas un spécialiste. Mais je pense que la préparation dont nous avons besoin est différente. Le problème, c’est qu’en France et en Europe occidentale, il n’y a pas de véritable débat sur la politique que mène Israël à l’égard des Palestiniens. Il n’y a pas de réelle politique pour savoir si nous – la France, la Belgique et d’autres –avons le droit de créer des murs dans des pays comme la Libye et la Syrie. Avons-nous le droit de décider de qui doit diriger ces pays ? Avons-nous le droit de soutenir le terrorisme pour obtenir un changement de régime ? On ne débat pas de cela en France, ni de la question d’Israël, ce qui fait que beaucoup de gens, des jeunes malheureusement, ne font plus confiance aux médias, pas plus qu’il ne croient à la possibilité d’un débat et à la possibilité d’exprimer une voix démocratiquement dans ce débat. C’est comme ça qu’ils sont manipulés par des gens, tout le monde sait qui les manipule, ce sont les Saoudiens, des gens de ce type qui leur mettent des idées stupides qui n’ont rien à voir avec l’islam [dans la tête] et qui les utilisent comme des marionnettes. C’est la seule façon de faire de la prévention contre ce type d’événements.

 

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

 

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Paris redoute un attentat de grande ampleur

Tout était déjà dit le 2 octobre 2015 !

Paris redoute un attentat de grande ampleur

02 octobre 2015 09:06; Act: 02.10.2015 09:33

Attentats: 300 personnes, dont 80 en urgence absolue, prises en charge dans les hôpitauxLes services antiterroristes craignent particulièrement une attaque comparable à celle du centre commercial Westgate à Nairobi en septembre 2013.

Une faute?

Des attentats islamistes contre la France, d'une ampleur inégalée, se préparent et risquent d'être impossibles à déjouer, estiment des experts et des responsables. Seules la chance et la maladresse opérationnelle des auteurs des dernières attaques, comme celles de Villejuif ou du train Thalys, ont permis l'arrestation des apprentis-jihadistes mais cela ne peut durer et les prochains bilans risquent d'être lourds, ajoutent-ils.

Diaporama Attentat terroriste en Isère Prise d'otages sanglante dans un centre commercial au Kenya

«Le thermomètre grimpe. Pour l'instant, nous avons eu des attentats de cour de récréation», confie à l'AFP, sous le sceau de l'anonymat, un responsable de la lutte antiterroriste. «Si l'attaque dans le Thalys avait fonctionné, on était très mal. Le gars avait mal engagé le chargeur de sa kalachnikov. Nous pensons que Sid Ahmed Ghlam (auteur de l'attaque avortée contre une église à Villejuif) s'est dégonflé au dernier moment et s'est tiré dans la jambe».

«Les modes opératoires ont changé : avant on mettait des bombes. Aujourd'hui il faut tenir dans le temps, pour que les médias puissent s'accrocher à l'événement, le diffuser en direct pour un maximum de publicité», ajoute-t-il. «La mode est désormais des attaques à la kalachnikov, qui vont durer».

Le centre commercial en cible

Ce que les services antiterroristes craignent particulièrement, c'est une copie à Paris ou dans une grande ville de l'attaque par un commando bien armé du centre commercial Westgate à Nairobi, en septembre 2013, qui a fait 68 morts au terme de quatre jours de siège.

«S'ils s'enferment dans un grand magasin, c'est le cauchemar pour les trouver», poursuit le même responsable. «Rien que pour savoir combien il y a de tireurs, puis pour les trouver, les neutraliser, il faut des heures. Le jour où on tombe sur deux bons vétérans des combats en Syrie, on est mal».

Un autre responsable antiterroriste, qui demande également à ne pas être identifié, approuve : «Jusqu'à aujourd'hui, on a eu les peintres en bâtiment. Ce qu'on craint vraiment, ce sont les professionnels qui vont suivre».

«Les jours plus sombres sont devant nous»

Dans un entretien publié jeudi par Paris Match, le juge Marc Trévidic, ancien du pôle antiterroriste du palais de justice de Paris, partage leur inquiétude : «J'ai acquis la conviction que les hommes de Daech (acronyme arabe du groupe Etat islamique) ont l'ambition et les moyens de nous atteindre beaucoup plus durement, en organisant des actions d'ampleur, incomparables à celles menées jusqu'ici».

«Les jours plus sombres sont devant nous. La vraie guerre que l'EI entend porter sur notre sol n'a pas encore commencé», dit-il. «Nous ne sommes plus en mesure de prévenir les attentats comme par le passé. On ne peut plus les empêcher. Il y a quelque chose d'inéluctable. Bien sûr on arrête des gens, on démantèle des cellules, on a de la chance, aussi (...) mais la chance ou le fait que les terroristes se plantent dans leur mode opérationnel, ou encore que des citoyens fassent preuve de grande bravoure, ça ne peut pas durer éternellement».

Les services de renseignement, de police, de secours se préparent depuis des mois à l'éventualité d'une attaque de grande ampleur. Ils répètent les réponses, leurs modes de mobilisation et de coopération pour y faire face, tentent de raccourcir leurs temps de réponse et d'améliorer leurs techniques d'intervention, tout en sachant que le jour J ils seront certainement surpris par certains détails qui n'avaient pas été anticipés.

Un nombre qui augmente tous les jours

En septembre 2010, une alerte avait été donnée sur la possibilité d'attaques simultanées menées par une quinzaine de tireurs à Paris, Berlin et Londres, qui ne s'était pas concrétisée mais avait été prise très au sérieux, entraînant notamment à Paris la fermeture pendant quelques heures de la tour Eiffel.

Pour l'expert Yves Trotignon, ancien de la DGSE, «le danger peut venir d'une équipe plus ou moins grosse de gars qui viennent de théâtres d'opérations où ils se sont aguerris, peut être la Syrie, peut être la Libye, le Yémen, qui trouvent les armes sur place et passent à l'action».

«Des gars décidés, prêts à mourir, qui ont étudié la cible et sont solides du point de vue opérationnel peuvent faire très mal. Le nombre de djihadistes vétérans augmente tous les jours. Face à çà, il faut bien le dire, les services sont submergés».

 

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La France a fourni des armes aux islamistes syriens dès 2012, avoue François Hollande dans un livre

Quand Hollande reconnaissait avoir fourni des armes aux mercenaires de l'EI/DAECH !

Ensuite il fera mine d'être outré par les attentats commis en France !

La France a fourni des armes aux islamistes syriens dès 2012, avoue François Hollande dans un livre

14 nov 2015

Bravo, c’était important d’envoyer des armes à des islamistes pour combattre Assad, qui ne nous avait jamais rien fait…

J’espère que ce soir au Bataclan, devant les victimes, Hollande a médité sur sa décision et sa politique depuis lors…

La France a fourni des armes à la révolution syrienne dès 2012

Source : Robin Ferner, pour Slate.fr, le 6 mai 2015

François Hollande avec Khaled Khodja, président de la coalition nationale syrienne. REUTERS/ Philippe Wojazer

François Hollande avec Khaled Khodja, président de la coalition nationale syrienne.

OB : coalition nationale syrienne, gangrénée par les Frères musulmans…

Le président français s’est confié au journaliste Xavier Panon, qui révèle que François Hollande a décidé de livrer des armes lourdes aux rebelles syriens, malgré l’embargo européen.

La France a fourni des armes à des groupes rebelles syriens dès 2012 alors que l’Union européenne avait imposé un embargo sur de telles livraisons. Et c’est le président Hollande qui le dit lui-même dans un livre à paraître le 13 mai aux Editions de l’Archipel, intitulé Dans les coulisses de la diplomatie française, de Sarkozy à Hollande, écrit par le journaliste Xavier Panon.

«Nous avons commencé quand nous avons eu la certitude qu’elles iraient dans des mains sûres», explique le chef de l’Etat à l’auteur du livre, en mai 2014. Les livraisons ont débuté dès la fin de l’année 2012, alors que l’embargo européen, établi à l’été 2011, est toujours en vigueur. Il ne sera levé qu’à la fin du mois de mai 2013.

Ce cavalier seul contraint l’Elysée à la prudence. Officiellement, la France se contente d’envoyer de l’équipement non-létal: gilets pare-balles, outils de communication cryptée, masques contre les armes chimiques, lunettes nocturnes. Mais c’est un tout autre matériel qu’elle dépêche sur place: canons de 20 mm, mitrailleuses, lance-roquettes, missiles anti-chars. Seuls les missiles anti-aériens restent tabous. François Hollande n’en enverra pas car ils s’avéreraient trop dangereux si des djihadistes venaient à s’en emparer.

Mille et une précautions

Les armes sont envoyées grâce aux soins de la DGSE (la Direction générale de la sécurité extérieure). Les Français marchent sur des œufs car il s’agit de s’assurer que les armes parviendront à la bonne destination… et que ces transferts ne seront pas surpris en flagrant délit par la communauté internationale. Les dates de livraison sont donc très irrégulières et les précautions nombreuses.

Il faut, tout d’abord, trouver des fournisseurs discrets, effacer les marques de la provenance des armes avant leur départ. Et puis, comment être certain qu’elles seront bien réceptionnées à l’arrivée par des hommes de l’armée syrienne libre, alors dirigée par le général Sélim Idriss, interlocuteur privilégié de l’Elysée? Les services français utilisent leurs propres réseaux, les autres leur paraissant moins fiables.

Sur la scène publique, la France s’enferre dans une valse-hésitation sur la question des armes. Une fois, le 15 mars 2013, l’Elysée tente de lever l’embargo européen et d’entraîner ses partenaires à envoyer des armes mais le 28, François Hollande rétropédale:

«Nous ne fournirons pas d’armes tant que nous n’avons pas la certitude que ces armes seront utilisées par des opposants légitimes et coupés de toute emprise terroriste.»

Si la diplomatie française est aussi embarrassée, c’est qu’elle se heurte aux atermoiements de ses alliés européens, mais aussi des Etats-Unis peu désireux de prendre part à un nouveau conflit au Moyen-Orient. D’autant que celui-ci devient de moins en moins lisible au fil des mois, au fur et à mesure de la montée en puissance des groupes djihadistes. L’affirmation sur le front anti-Bachar el-Assad d’islamistes radicaux comme les soldats de Jabhat Al-Nosra par exemple fragilise la position française: il est désormais quasi impossible d’assumer la livraison d’armes en Syrie alors que ce sont les djihadistes qui tendent à incarner la révolution syrienne.

Dans son livre, Xavier Panon transcrit les propos d’un responsable du Quai d’Orsay:

«François Hollande et son ministre ont été bien imprudents sur la Syrie et l’embargo. Faute d’avoir la capacité d’influer réellement sur le rapport de forces, la posture reste morale. Or, la morale est rarement bonne inspiratrice en politique étrangère. Livrer des armes sans garantie de destination, c’est être cobelligérant. Il y a davantage de raisons de ne pas le faire que de le faire.»

L’action de la France semble, de toute façon, avoir eu peu de portée sur le terrain. En 2015, la Syrie est toujours enlisée dans une guerre meurtrière. Un conseiller de l’Elysée admet auprès de Xavier Panon:

«Oui, nous fournissons ce dont ils ont besoin, mais dans la limite de nos moyens et en fonction de notre évaluation de la situation. Dans la clandestinité, vous ne pouvez agir qu’à petite échelle. À moyens limités, objectifs limités. Au final, est-ce que notre aide permettra à la révolution de gagner? Non.»

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Comment et pourquoi la France a livré des armes aux rebelles en Syrie

Source : Le Monde.fr | 21.08.2014 Par Benjamin Barthe, Cyril Bensimon et Yves-Michel Riols

Le voile se lève doucement sur l’un des secrets les mieux gardés de la présidence Hollande : l’armement des rebelles syriens par la France. Après que le président de la république a reconnu, mardi 19 août, pour la première fois, dans une interview au Monde, l’existence de ces livraisons, de hauts responsables français ont confié au Monde quelques détails supplémentaires.

Selon une source officielle, plusieurs livraisons ont été effectuées l’an dernier par des voies clandestines. Le matériel comprenait notamment des mitrailleuses de calibre 12.7 mm, des lance-roquettes, des gilets pare-balles, des jumelles de visée nocturne et des moyens de communication, mais aucun « équipement qui aurait pu se retourner contre nous », tels que des explosifs. D’après cet interlocuteur, qui souhaite conserver l’anonymat, ces livraisons sont assez identiques à celles qui sont faites actuellement aux combattants kurdes des peshmergas. « Il s’agit d’armements immédiatement utilisables, qui ne nécessitent ni formation ni maintenance », dit-il.

L’ARMÉE SYRIENNE LIBRE, SEULE BÉNÉFICIAIRE

Seules les brigades affiliées à l’Armée syrienne libre (ASL), la branche modérée de l’insurrection anti-Assad, ont bénéficié de cette aide. Selon une source diplomatique, le Front islamique, une coalition de groupes armés d’inspiration islamiste, voire salafiste pour certains, n’a reçu aucune arme française.

Il est difficile de dater avec précision les premières livraisons, qui remonteraient, selon toute vraisemblance, à l’hiver ou au printemps 2013. Préalablement, les autorités françaises avaient élaboré une cartographie des groupes rebelles, en partenariat avec le général Salim Idriss, alors chef de l’ASL. Une mesure destinée à éviter que des armes françaises ne tombent dans de « mauvaises mains », à savoir des groupes djihadistes ou salafistes, en plein essor à l’époque. La traçabilité des armes a été testée à blanc lors de l’acheminement d’équipement non létal, comme des kits médicaux et des rations halal, jusqu’à des brigades de l’ASL.

Les livraisons s’accélèrent dans le courant de l’été 2013, après que l’Union européenne, le 29 mai, sous la pression de Paris et de Londres, eut décidé de lever son embargo sur les armes à destination de la Syrie. Deux mois plus tôt, François Hollande a laissé entendre que la France est de toute façon prête à armer les opposants au régime d’Assad, même en l’absence de consensus européen. « Si d’aventure, il devait y avoir un blocage d’un ou deux pays, alors la France prendrait ses responsabilité », déclare-t-il le 14 mars à l’issue d’un sommet à Bruxelles.

« RAMER DANS LE MÊME BATEAU »

La réunion du groupe des Amis de la Syrie, à Doha, au Qatar, le 22 juin, marque une étape importante. En réponse aux demandes pressantes de la Coalition nationale syrienne, la vitrine politique de l’opposition syrienne, ses parrains occidentaux et arabes se mettent d’accord sur un accroissement de l’aide militaire aux insurgés et sur une répartition des rôles dans cette perspective. « Il est urgent de fournir tout le matériel et l’équipement à l’opposition sur le terrain, chaque pays à sa façon », souligne le communiqué final. Le texte précise que tout « soutien militaire » doit transiter par l’Armée syrienne libre, dirigée par le général Idriss. « Une façon de dire aux Qataris et aux Saoudiens qu’ils doivent maintenant ramer dans le même bateau et ne plus soutenir des groupes rivaux de la rébellion », relève alors un proche du dossier.

A l’époque, un sentiment d’urgence anime les pays membres des Amis de la Syrie. Le 4 juin, à la suite de l’analyse d’un échantillon rapporté de la banlieue de Damas par un reporter du Monde, Paris a formellement accusé le régime syrien d’employer des armes chimiques contre ses adversaires. Il s’agit alors d’usages à faible dose, très différents de l’attaque au sarin du 21 août, qui allait faire des centaines de morts. Mais c’est déjà un franchissement de « la ligne rouge » fixée par les grandes capitales occidentales, et les autorités françaises estiment nécessaire de réagir. L’autre facteur déterminant dans la décision de Paris de contribuer à l’armement des rebelles tient à l’approche de la conférence de paix de Genève 2, réunissant représentants du régime et de la CNS. Paris et ses partenaires pensent qu’il est important de renforcer les capacités militaires de l’opposition, de façon à ce qu’elle n’arrive pas à la table des négociations dans une position de trop grande faiblesse.

LES LIVRAISONS D’ARMES N’ONT PAS CESSÉ

Des combattants de l’Armée syrienne libre, en avril 2013, à Alep.

Des combattants de l’Armée syrienne libre, en avril 2013, à Alep. Martin Forster/NurPhoto

Tous ses calculs ont fait long feu. « Genève 2 » a eu lieu en janvier-février 2014, sans le moindre résultat. Les efforts de structuration de l’ASL, engagée par le général Idriss, n’ont pas vraiment porté leurs fruits. En décembre 2013, des dépôts d’armes de l’ASL à la frontière syro-turque ont même été pillés par des combattants du Front islamique. Tandis que le régime se lançait dans une contre-offensive à Homs et autour de Damas, les rebelles islamistes prenaient l’ascendant sur leurs rivaux nationalistes dans le Nord. Autant d’événements qui ont dissuadé les autorités française d’amplifier leurs efforts. « C’est sûr que ces difficultés ne nous ont pas vraiment encouragés à aller plus loin », confie un diplomate.

Si l’on en croit les déclarations de François Hollande jeudi 21 août, les livraisons d’armes n’ont cependant pas cessé. L’ASL en a d’autant plus besoin qu’elle est désormais prise en tenaille dans le nord de la Syrie par les forces du régime d’un côté et par les combattants ultraradicaux de l’Etat islamique de l’autre.

« Nous ne devons pas relâcher le soutien que nous avions accordé à ces rebelles qui sont les seuls à participer à l’esprit démocratique », a déclaré le président français devant la presse, lors d’un déplacement dans le Sud. La France, a-t-il toutefois ajouté, ne peut « pas le faire seule » et « ça se fait en bonne intelligence avec l’Europe et les Américains ».

 

 

"Les Français croient être protégés, ils ne le sont plus", dénonce le général Vincent Desportes

"Les Français croient être protégés, ils ne le sont plus", dénonce le général Vincent Desportes

http://www.francetvinfo.fr/skin/www/img/avatar/herve.brusini.jpgPropos recueillis par Hervé Brusini

Mis à jour le 11/11/2015 | 07:51 , publié le 11/11/2015 | 07:25

Ce haut gradé de l'armée de terre fustige, dans son livre "La Dernière Bataille de France", la baisse du budget des armées. Et estime que les militaires français, engagés sur plusieurs fronts, ne peuvent plus assurer leurs missions.

Un soldat français en faction près de Gao, au Mali, dans le cadre de l'opération Barkhane, le 1er juin 2015. 

Un soldat français en faction près de Gao, au Mali, dans le cadre de l'opération Barkhane, le 1er juin 2015.  (PHILIPPE DESMAZES / AFP)

Comme les militaires aiment à le dire : pour un coup de gueule, c’est un coup de gueule. Le général Vincent Desportes a toujours été connu pour sa franchise. Mais avec son dernier livre, intitulé La Dernière Bataille de France (qui vient d'être publié chez Gallimard), le Saint-Cyrien, professeur à Sciences Po, se livre à un réquisitoire sans appel. "Nous sommes revenus à l’époque de la Grande Illusion, écrit-il. Les Français croient être protégés, ils ne le sont plus… Les armées françaises n’ont jamais été aussi fragiles." Pour francetv info, ce haut gradé de l’armée de terre a accepté de s’expliquer.

Francetv info : Pourquoi une telle sévérité dans votre jugement ? A priori, les soldats français n’ont jamais été autant présents sur le terrain, et cela sans enregistrer de revers particulièrement dommageables.

Vincent Desportes : Les menaces s’accroissent et en particulier depuis deux ans. On peut dire qu’autour de nous le monde a pris feu, de l’Ukraine au Sahel, en passant par le Moyen-Orient. Et nos armées sont "sur-déployées" par rapport à leurs capacités. Que ce soit sur mer, à terre ou dans le ciel, toutes nos armées sont en train de s’user. Je dirais même que la corde est sur le point de casser.

Regardez l’exemple de l'armée de terre britannique. Elle a été beaucoup trop déployée par rapport à ce qu’elle pouvait faire. Et elle s’est retrouvée à bout de course, incapable de remplir sa mission de défense. Nous ne sommes pas loin de vivre la même chose.

Quels sont les exemples concrets de cette "usure", selon vous ?

On a des problèmes de matériels, même si cet aspect commence à être pris en compte. Au Mali, on peut rappeler que, pour l’opération Serval [2013-2014], les véhicules avaient deux fois l’âge de leurs conducteurs. Nos avions Rafale étaient ravitaillés par des avions qui avaient plus d’un demi-siècle, etc.

A côté de l’armée ultra-moderne, qui existe, on a une autre grande partie que je qualifierais de vintage. Elle possède des équipements "de collection". Et le budget actuel ne permet pas suffisamment d’approvisionner le flux nécessaire des pièces de rechange. De sorte que, dans nos armées, un avion sur deux ne peut pas décoller, un navire sur deux ne peut prendre la mer, et un char sur deux ne peut plus rouler. Dans certains cas, c’est même pire, comme pour les hélicoptères Tigre, par exemple : quatre appareils sur cinq ne peuvent pas prendre l’air.

Tout cela n’est pas raisonnable. Or nous devons faire face à de très nombreux déploiements sur les théâtres de conflit. D’ailleurs, le chef d’état-major lui-même le disait : les soldats français sont engagés dans 25 opérations différentes et nous avons 30 000 hommes impliqués, issus des trois armées, essentiellement de l’armée de terre.

Tout cela a pour conséquence dommageable un sous-entraînement des unités. Il n’y a plus le temps de respiration indispensable pour que nos armées récupèrent. Car une armée n’est pas une simple addition de soldats, c’est un ensemble qui doit s’inscrire dans un tout cohérent et produire une efficacité collective.

Quelle est la responsabilité des dirigeants politiques dans ce que vous dénoncez ? Dans votre livre, vous semblez renvoyer dos à dos Nicolas Sarkozy et François Hollande.

Les deux dernières lois de programmation militaire ont porté des coups terribles aux armées. Celle de 2008-2013, votée sous la présidence Sarkozy, a enlevé 25% des capacités opérationnelles françaises. Celle de 2014-2019, votée sous la présidence Hollande, a fait de même. Ces deux lois ont prévu une réduction de 80 000 postes dans nos effectifs entre 2008 et 2019, ce qui est le plus grand plan social subi par les administrations. Or, je le répète, cela se passe à un moment où les opérations se multiplient et deviennent de plus en plus complexes.

Je dois néanmoins reconnaître que François Hollande a pris, le 29 avril dernier, une bonne décision en mettant un terme momentané à cette dégradation, grâce à des dispositions d’aménagement budgétaire. Il n’en reste pas moins que nos armées ont un problème de cohérence entre la multiplication des opérations et les moyens engagés. J’en prends pour exemple le fait que le président et le Premier ministre affirment que nous sommes en guerre. Or, si tel est le cas, nous devons penser à l'effort de guerre.

Donc, selon vous, le budget de l’armée ne doit pas être concerné par les plans d’économie actuels ?

Il faut savoir ce qu’on veut. Comme je le disais, les gens aujourd’hui au pouvoir parlent de guerre. De fait, il existe une menace sur notre sécurité. Il faut donc logiquement conforter notre outil de défense et consentir ailleurs des économies. La défense ne doit pas payer comme les autres. La défense, c’est le pilier de l’Etat à travers sa mission de sécurité.

Vous n’hésitez pas à vous attaquer à l’arme nucléaire. Vous la remettez en question. Or c’est un dogme de la défense de la France.

Je m’élève contre le dernier livre blanc sur la défense et la sécurité des Français, qui a mis de côté ce qu’on appelle l’assurance-vie de notre nation, à savoir le nucléaire. Cette question doit être mise en débat. L’hyper-sacralisation de "LA" bombe déséquilibre les rapports entre le conventionnel (les armées classiques) et le nucléaire.

Comme les budgets diminuent et que l’on préserve absolument le nucléaire, les armées en pâtissent, et ce sera particulièrement vrai dans la décennie 2020-2030. Car, à cette période, il faudra renouveler les plates-formes des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins, de même que celui des têtes de nos missiles… Les investissements nucléaires sont très lourds, ils représentent plus de 20% de notre effort de défense. On risque de passer bientôt à 30%, les forces conventionnelles seraient alors en passe de s’effondrer. Or elles sont indispensables. La réponse est donc d’augmenter notre budget de quelques milliards par rapport aux quelque 1 200 milliards de dépenses publiques annuelles. Puisque l’on affirme que l’on ne peut se priver du nucléaire, c’est la seule réponse. Et cet effort reste, on le voit, marginal.

Et l’Europe ? Pourquoi ne pas constituer une défense européenne avec les efforts conjugués des Européens ? Vous semblez ne pas y croire face à ce que vous appelez la "divergence d’intérêts" des divers pays qui composent l’Europe.

A mes yeux, l’idée d’une défense européenne doit demeurer notre horizon. Mais cela fait trente ans qu’on imagine créer l’Europe de la défense en créant des petits morceaux de défense. En fait, on n’y parvient pas. Pourquoi ? Le fait d’accumuler des pierres ne débouche pas forcément sur la construction d’une cathédrale.

Pour cela, il faut une vision commune, savoir ce que vous bâtissez. Or, pour l’Europe de la défense, il n’y a pas de vision commune. Il n’y a même pas une perception commune de la menace. La preuve, c’est que les choses que l’on a mises en place, comme le battle group 1 500 (unité de réaction rapide européenne), qui existe et qui s’entraîne, n’a jamais été déployé. Aberrant !

Vous évoquez aussi, comme une menace, la syndicalisation possible des militaires. Selon vous, la "grande muette" excédée pourrait prendre fortement la parole ?

Le problème fondamental de notre défense est que ce n’est plus une question citoyenne. Le pouvoir politique peut, quelle que soit sa couleur, faire des coupes sombres dans le budget des armées sans perdre une seule voix aux élections.

Tant que les politiques pourront ainsi ne pas être comptables de la défense, cela continuera. Car l’institution militaire ne peut pas s’exprimer. Donc on lui prend ses moyens car on sait que personne ne pourra prendre la parole pour le déplorer en défilant dans les rues, par exemple.

Est-ce que votre discours agace au sein de l'institution ? Quels retours avez-vous, justement, de la "grande muette" ?

Ils sont extrêmement positifs de la part des militaires. J’oserais dire à 99%. Car j’exprime ce que pensent 99% des militaires. Pour le reste, quelques "supplétifs" sont montés au créneau, mais je constate qu’aucune autorité n’a prétendu que je racontais n’importe quoi. Car ce que je dis est vrai.