Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/01/2009

Gaza : Réduire la guerre contre Gaza à sa dimension humanitaire, pour mieux occulter la question de la décol onisation

Réduire la guerre contre Gaza à sa dimension humanitaire, pour mieux occulter la question de la décolonisation
 
 

Mardi 13 janvier 2009

Les manifestations qui ont lieu dans la plupart des grandes villes européennes contre l'agression barbare israélienne visant Gaza, outre qu'elles donnent du courage à la population et aux résistants palestiniens, peuvent contribuer à l'établissement d'un cessez-le-feu qui permettrait à la résistance de souffler, de panser ses blessures et de se réorganiser dans la perspective de batailles politiques futures.

L'horreur que nous inspirent à juste titre les images qui nous proviennent de Gaza et les témoignages émanant d'organisations non gouvernementales nous en disent long sur les risques humanitaires encourus par la population de Gaza. Mais cette tragédie humanitaire risque d'être utilisée par les médias européens pour travestir la réalité et occulter les véritables enjeux politiques de la guerre menée par l'armée israélienne contre Gaza. Même quand ces médias font semblant de nous émouvoir, ils insistent pour déplorer le nombre élevé de victimes « civiles » et notamment des enfants. Sous-entendu, les autres victimes, les « terroristes » du Hamas, n'ont que ce qu'ils méritent.

Plus grave, cette propagande tente de légitimer le discours officiel des dirigeants israéliens qui déplorent publiquement la perte des vies humaines mais cherchent à en imputer la responsabilité au Hamas qui aurait, selon eux, pris la population palestinienne en otage. A l'appel des dirigeants européens, le gouvernement israélien a accepté de cesser ses attaques durant trois heures par jour pour permettre l'ouverture d'un corridor humanitaire à Gaza. L'agresseur, qui a fait en douze jours plus de 700 tués, dont plus de 250 enfants, tente de donner l'image d'un Etat soucieux de la crise humanitaire !

La suite ici : http://www.palestine-solidarite.org/analyses.Mohamed_Taha...

12/01/2009

Gaz : Gaza n'a pas besoin d'aide : elle a un gisement de gaz de près de 3 milliards d'euros !

L'Europe s'occupe du Gaz et Israël de Gaza !
On comprend mieux le silence de la communauté internationale et le soi-disant refus d'Israël de rejetter les résolutions de l'ONU !  
Tous complices de ces massacres !
Silence on tue des enfants et des innocents pour le gaz et le fric !

Gaza na pas besoin d'aide : elle a un gisement de gaz de près de 3 milliards d'euros

A 8 kilomètres des plages de Gaza, trop loin pour le voir à l'oeil nu mais en plein dans les eaux palestiniennes, gît une fortune inexploitée en gaz off-shore.

Par Tim Butcher

source : Oil & Gas Journal
source : Oil & Gas Journal
Les donateurs internationaux vont – encore – se réunir le mois prochain pour promettre de l'argent aux Palestiniens.

Cette fois,
c'est la France qui accueille le cirque de la mendicité et nous entendrons une fois de plus le même choeur qui, depuis des années, nous raconte que l'aide aidera à résoudre les griefs palestiniens.

Tony Blair, dans son boulot d'envoyé spécial auprès des Palestiniens, apparaîtra le plus pressant et parlera publiquement de l'importance du soutien financier accordé par le monde.

Mais au lieu de pointer dans leurs élégants hôtels parisiens, les donateurs feraient mieux d'aller à Gaza pour aider à la libération d'un atout économique palestinien tellement important qu'il permettrait d'en finir avec le besoin de saigner la communauté internationale de millions d'aide chaque année.

A 8 kilomètres des plages de Gaza, trop loin pour le voir à l'oeil nu mais en plein dans les eaux palestiniennes, gît une fortune inexploitée en gaz off-shore. Des navires de prospection ont fait descendre deux sondes il y a sept ans et ce qu'elles ont trouvé a fait fondre les cadres des multinationales pétrolières.

Les experts ont estimé à 2 milliards de livres de gaz naturel la réserve d'un seul champ. Et le potentiel dans d'autres champs est énorme.

Une découverte similaire dans le Golfe Persique aurait été exploitée promptement et, en quelques années, des millions de livres de taxes auraient commencé à se déverser dans les coffres du gouvernement local.
Mais Gaza n'est pas dans le Golfe et l'exploitation de son champ maritime reste piégée dans les filets de l'hostilité mutuelle entre Palestiniens et Israéliens.

Le contrôle d'Israël sur l'Etat palestinien résiduel est si complet que, depuis des années, l'Etat juif a bloqué l'exploitation du champ. A ce moment là, le projet était de vendre le gaz de Gaza à l'Egypte, mais c'était pendant le deuxième Intifada, lorsque le Premier Ministre Ariel Sharon a dit qu'il ne permettrait en aucune façon qu'un projet qui rapporte de l'argent à Yasser Arafat ne se développe.

Les choses ont un peu bougé : Arafat est mort, Sharon est dans le coma à la suite d'une attaque, et un cessez-le-feu, si l'on peut dire, a mis fin à l'Intifada. Ironiquement, les intellos du gouvernement israélien, ceux qui sont responsables de tracer l'avenir, ont aussi changé de ton.

Au lieu qu'à l'avenir ce soit l'Egypte qui achète le gaz de Gaza,
Israël a commencé soudain à songer à devenir l'acheteur : le gisement de gaz indigène d'Israël "au nord du champ maritime de Gaza" pourrait se tarir en quelques années et la seule autre source à long terme serait le gazoduc de l'Egypte voisine.

A première vue, cela apparaît comme une situation gagnant-gagnant. Les Palestiniens auraient un acheteur garanti pour leur gaz qui génèrerait 70 millions d'euros par an pendant 15 ans en revenus de taxes, et fournirait les bases d'une croissance économique durable.

Et les Israéliens auraient une source de gaz sûre et abordable pour garantir leur croissance économique. Cela monterait aussi nettement comment deux ennemis historiques pourraient en arriver à compter l'un sur l'autre pour leur prospérité économique.

Une équipe de négociateurs, menée par Nigel Shaw pour British Gas, la compagnie qui a acheté les droits d'exploitation de Gaza Marine, s'est transportée dans un immeuble de bureaux d'une élégante station balnéaire israélienne et a entrepris d'établir les divers actes et garanties qui sont la norme dans l'industrie gazière et pétrolière internationale.

Mais en dépit des déclarations publiques d'Ehud Olmert, le Premier Ministre israélien, disant qu'il soutenait le projet, et même l'intervention de Gordon Brown, alors Chancelier de l'Echiquier, qui a considéré le marché comme la clef du développement de l'économie palestinienne, les négociations n'ont pas bougé.

Les démarches faites par The Daily Telegraph auprès de parties prenantes clef au sein du gouvernement israélien "le Ministère de l'Infrastructure Nationale et le bureau du Premier Ministre" ont abouti à des déclarations similaires sur "des négociations en progrès" et "des déclarations finales imminentes", mais des initiés de l'industrie ont révélé qu'en réalité, aucun accord n'est en vue.

Il y a eu quelques inquiétudes israéliennes que l'argent du gaz ne finisse dans les mains du Hamas mais elles ont été résolues l'année dernière, lorsqu'un fonds en fidéicommis a été ouvert, qui assure que l'argent international ira seulement au gouvernement palestinien nommé par Mahmoud Abbas, président de l'Autorité Nationale Palestinienne et chef du Fatah.

Si M. Blair était sérieusement investi de sa mission d'aider à développer une économie palestinienne durable, il pèserait de tout son poids pour que le projet de gaz de Gaza sorte de terre.

Jusqu'à présent, il a visé un peu plus bas, ne parlant publiquement que de réaménagement d'une usine de retraitement des eaux usées à Gaza et esquivant soigneusement les tentatives de l'impliquer avec Gaza Marine.

A moins qu'il ne montre un petit peu plus de courage, on peut craindre que la conférence des donateurs du mois prochain ne soit pas la dernière.

Sur le même sujet, lire :
- "
Transformer la plus précieuse ressource naturelle de Palestine en instrument politique"
- "
Pétrole, paix et la Palestine : Energies Clef pour le passé et le futur de la Terre Sainte"
- "
Le gaz naturel découvert à côté de la mer de Gaza est considéré comme un des meilleurs genres de gaz naturel dans le monde entier"

Source : The Daily Telegraph
Traduction : MR pour ISM

Mardi 13 Novembre 2007
 

Gaza, les raisons de la crise : LE GAZ !

L'Europe s'occupe du gaz et Israël de Gaza !!!!!!!!!!!!
Le massacre des innocents !

Crise Russie-Ukraine : toute l'Europe touchée par les coupures de gaz

Presque toute l'Europe était touchée mardi par les coupures des livraisons de gaz russe transitant par l'Ukraine, les pays d'Europe centrale, plus dépendants, étant particulièrement affectés par ce nouveau conflit gazier en plein hiver entre Kiev et Moscou.

Presque toute l'Europe était touchée mardi par les coupures des livraisons de gaz russe transitant par l'Ukraine, les pays d'Europe centrale, plus dépendants, étant particulièrement affectés par ce nouveau conflit gazier en plein hiver entre Kiev et Moscou.

Les livraisons de gaz russe à la Croatie, à la Bosnie et à la Macédoine ont été totalement interrompues, a-t-on appris de sources officielles.

"La fourniture de gaz russe à la Croatie a cessé depuis 05H00 (03H00 GMT)", a déclaré à l'AFP, Neda Erdeljac, une porte-parole du distributeur national croate de gaz, PLINACRO.

Le ministère croate de l'Economie a indiqué qu'il allait commencer à faire des réductions pour les gros consommateurs industriels tout en assurant que dans l'immédiat les ménages, les hôpitaux, les écoles et autres institutions publiques ne seraient pas affectés.

La Croatie produit quelque 60% de ses besoins en gaz et en importe 40% de Russie.

Pour sa part, Sarajevo a été informé que "l'Ukraine et la Russie ont réduit de 100% les livraisons de gaz à la Bosnie", a indiqué la compagnie nationale BH Gas dans un communiqué.

"Cela complique gravement la situation et met en danger tous les consommateurs en Bosnie", a-t-on ajouté de même source.

Dans la matinée BH Gas avait fait état d'une réduction de 25%, puis dans l'après-midi de 50% dans la fourniture de gaz russe, avant d'annoncer l'interruption totale des livraisons.

La Macédoine connaît aussi une interruption totale des livraisons de gaz russe, mais le ministre macédonien de l'Economie, Fatmir Besimi, a assuré que "cela n'aura pas de conséquences sérieuses (...) car le pays n'utilise en général que peu de gaz".

Il a toutefois concédé que "sur le long terme, la Macédoine pourrait avoir des problèmes".

La Macédoine consomme environ 170 millions de mètres cubes de gaz par an. Vingt-six entreprises en tout utilisent du gaz, principalement dans les domaines de la métallurgie, de l'industrie alimentaire et pour des centrales de chauffage.

En Serbie, les autorités ont fait état d'une baisse de 50% des livraisons russes en gaz.

"Il existe une possibilité d'interruption totale des livraisons si le conflit gazier entre l'Ukraine et la Russie n'est pas résolu et dans ce cas, le gouvernement (serbe) devra se charger directement de la distribution du gaz", a admis le directeur de la compagnie gazière serbe publique Srbijagas, Dusan Bajatovic.

M. Bajatovic a appelé toutes les entreprises consommatrices à utiliser du fuel à la place si elles le peuvent. Le pays est confronté à une situation d'exception "dont on ne voit pas la fin et qui pourrait empirer", a-t-il mis en garde.

La Serbie importe quotidiennement 10 millions de mètres cubes de gaz russe.

M. Bajatovic a assuré toutefois que la Serbie disposait de réserves en fuel suffisantes pour le moment, précisant que la compagnie serbe d'électricité travaillait au maximum de ses capacités.

Pour leur part, l'Albanie, le Monténégro et le Kosovo ne sont pas reliés au réseau des gazoducs internationaux et comptent essentiellement sur l'électricité comme principale source d'énergie.

L'électricité produite en Albanie est notamment d'origine hydroélectrique.

La Russie a coupé jeudi dernier les fournitures de gaz à l'Ukraine, faute d'un accord sur le prix des livraisons pour 2009, faisant craindre une répétition du scénario de 2006, quand le différend russo-ukrainien avait perturbé l'approvisionnement de plusieurs pays d'Europe.
Energie-gaz-Russie-Ukraine-EuropEst-UE,PREV

Source :

http://www.ladepeche.fr/article/2009/01/06/517909-crise-r...

Gaza : Les raisons de l'offensive d'israélienne : L'Europe s'occupe du gaz et Israël de Gaza !

Les raisons de l'offensive israélienne
Guerre pour le gaz offshore dans la façade maritime de Gaza

Selon diverses sources, d'importantes poches de gaz auraient été découvertes sur les côtes de Gaza en 2000. L'invasion militaire de l'enclave palestinienne par les forces israéliennes serait également en relation avec ces découvertes. ça serait donc aussi une guerre à la propriété des réserves stratégiques offshore du gaz sinon à leur contrôle. British Gas (BG Group), et son associé, basé à Athènes, Consolidated Contractors International Company (CCC), une boîte liée à deux grandes familles d'affaires libanaises (Sabbagh et Koury), ont signé au début de novembre 1999 un accord pour 25 ans sur les droits d'exploration pétroliers gaziers avec le Fonds d'investissements de l'Autorité palestinienne.

C'est le quotidien israélien qui a rapporté l'information le 21 octobre 2001. Info ou intox ? Le journal a publié une carte dans laquelle 60% des réserves de gaz sont établies sur le littoral maritime de Gaza, les autres champs sur celui d'Israël.

Outre la valorisation des champs gaziers, l'accord prévoit la construction d'un gazoduc. BG Groupe a foré deux puits, tout de suite après la signature de l'accord (Gaza Marine 1 et Gaza Marine 2) et leurs réserves sont beaucoup plus grandes que ne le laissaient entendre les premières estimations. Après la mort de Yasser Arafat, la victoire de Hamas aux législatives et aux municipales, et l'affaiblissement de l'Autorité palestinienne, le contrat a été mis aux oubliettes et British Gas se serait tourné alors vers Israël. L'entreprise a choisi de faire l'impasse sur le gouvernement du Hamas, violant délibérément les droits de développement et d'exploration et les droits sur les domaines gaziers. En fait, ce retournement de situation s'est déroulé lorsque Ariel Sharon était revenu aux affaires en 2001.

Le bourreau de Sabra et Chatila a porté l'affaire devant la Cour suprême israélienne où il devait déclarer qu'Israël n'achèterait jamais de gaz à la Palestine pour affirmer que les réserves des domaines gaziers offshore de Gaza appartenaient à Israël. La situation a traîné pour rebondir en 2006 lorsque Hamas a coiffé au poteau électoral le Fatah historique. Le successeur de Sharon mieux en phase avec Mahmoud Abbas autorise en mai 2007 l'achat de gaz à l'Autorité palestinienne. Le contrat proposé était de 4 milliards de dollars, générant des profits de l'ordre de 2 milliards, lesquels devaient revenir aux Palestiniens. Selon l'accord de 2007, le gaz palestinien des puits offshore de Gaza devait être amené par un pipeline sous-marin au port de mer israélien d'Ashkelon, transférant ainsi le contrôle de la vente du gaz naturel à Israël. Tel-Aviv, cependant, n'avait aucunement l'intention de verser quoi que ce soit aux Palestiniens. Le chef du Mossad, Meir Dagan, a évoqué des raisons de sécurité, alléguant que les revenus en question financeraient le terrorisme ! En décembre 2007, British Gas s'est retiré des négociations  et en janvier 2008 l'entreprise a fermé ses bureaux.
 
Le plan d'invasion de Gaza fut alors mis en place en juin 2008. Des sources ont révélé après le 27 décembre que le ministre de la Défense israélienne, Ehud Barak, avait chargé l'armée israélienne de se préparer pour l'opération il y a plus de six mois. Au même moment, British Gas a été approché pour reprendre ses activités. 

 
 
 

11/01/2009

Livre : Israël, Palestine : Vérités sur un conflit


Israël, Palestine
 

Ce livre d'Alain Gresh est né d'une indignation, mais aussi d'une volonté de comprendre, et de faire comprendre, la situation au moyen-orient aujourd'hui. Le premier chapitre du livre est en forme d'une lettre de l'auteur à sa fille. Il est disponible en lecture libre sur le site du Monde Diplomatique.

A consulter également, le Blog d'Alain Gresh Nouvelles d'Orient 

Lettre à ma fille

J'ai écrit ce livre pour toi, en pensant à toi et à tous les jeunes de vingt ans. Cela fait plus de deux décennies que j'écris, que je donne des conférences, que j'effectue des reportages sur le conflit israélo-palestinien. J'ai débattu ardemment des droits des Palestiniens, du caractère de l'Etat d'Israël, de la paix à venir. Convaincu de la force de la raison et de la logique, de la nécessité de surmonter les préjugés, j'ai essayé de comprendre, de faire comprendre cet Orient prétendument compliqué. Je l'ai toujours fait avec passion, car j'ai le Proche-Orient au coeur, parce que j'y suis né et que j'y ai grandi. Et j'espère vous transmettre, à toi et à tes frères, au moins une once de ce penchant, bien que mon itinéraire ne soit ni le tien ni le leur.

 

Avec l'échec des accords d'Oslo, avec la spirale de la violence au Proche-Orient, j'ai été pendant un temps saisi par le découragement. Une nouvelle fois la paix s'éloignait, une nouvelle fois la région se trouvait emportée dans la folie et les affrontements. Pis, le conflit débordait dans l'Hexagone. Des milliers de Français juifs, souvent très jeunes, manifestaient devant l'ambassade d'Israël, quelques-uns aux cris de « Mort aux Arabes ! ». Ailleurs, d'autres jeunes Français, souvent d'origine maghrébine, clamaient leur indignation devant la répression en Cisjordanie et à Gaza, quelques-uns aux cris de « Mort aux juifs ! ». Des synagogues ont été attaquées, brûlées. Pendant plusieurs semaines, le spectre d'une guerre communautaire a flotté sur la « douce France ». Au-delà de la condamnation de principe de toutes les manifestations d'antisémitisme, les responsables politiques ont paru paralysés. Dans les collèges, les lycées, des enseignants tétanisés expliquaient qu'ils préféraient garder le silence plutôt qu'ouvrir le débat : les solidarités « communautaires » - les « feujs » avec Israël, les « beurs » avec les Palestiniens, les « Français de souche » regardant ailleurs - paraissaient tellement fortes, tellement « naturelles », tellement insurmontables ; il valait mieux éviter de les exacerber.

Comment consentir à ce fossé ? Pour moi, cela reviendrait à abdiquer les principes qui ont fondé mon travail, mes engagements, mes convictions. J'appartiens à une génération qui est venue à la politique - comme on dit venir au monde - dans les années 1960 à travers le formidable mouvement de décolonisation et à la faveur de la lutte, que nous proclamions invincible, du peuple vietnamien contre l'agression des États-Unis. Les clivages étaient alors politiques, idéologiques, oserais -je ajouter si ce mot n'avait désormais mauvaise presse. Ni les origines des uns, ni la religion des autres n'avaient de poids dans nos analyses, nos luttes, nos certitudes. Nous nous voulions partie intégrante de l'humanité, au-dessus des préjugés, des assignations de la « race » ou même de la nation. C'est ce qui nous avait séduits dans le message universaliste du marxisme : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Certes, le conflit israélo-arabe était plus compliqué que la guerre au Vietnam. La victoire israélienne sur l'Égypte, la Syrie et la Jordanie durant la guerre de juin 1967 avait soulevé en France un enthousiasme délirant. Le poids du génocide des juifs, le mythe du kibboutz (exploitation agricole collective) socialiste, mais aussi le sentiment de « revanche » anti-arabe cinq ans seulement après la fin de la guerre d'Algérie autant de facteurs qui expliquaient ces prises de position unilatérales en faveur d'Israël. Mais pour l'essentiel les affrontements restaient politiques. Et dans les organisations communistes et d'extrême gauche, où des juifs militaient en nombre, nous défendions, encore une fois, des positions internationalistes.

Pourtant, nous étions les héritiers d'une tradition nationale. Nous étions encore fascinés par ces Français déclarés traîtres à leur patrie pour s'être engagés aux côtés du Front de libération nationale algérien ; on les appelait les « porteurs de valise ». Contrairement à Albert Camus, ils avaient préféré la justice à « leur mère ». Né en Egypte, d'une mère d'origine russe juive et d'un père copte, athée mais respectueux des croyants, je me reconnaissais dans le pays des Lumières. Je te l'ai déjà dit, ma fille, j'ai l'immense privilège d'avoir « choisi » ma nationalité : le lycée du Caire m'avait fait Français de culture et de coeur, même si je ne l'étais pas de sang. J'admirais Voltaire. Il s'était engagé dans l'affaire Calas, défendant ce calviniste accusé en 1761 d'avoir tué son fils prétendument converti au catholicisme, et exécuté l'année suivante à Toulouse. L'affaire divisa la France. Il fallut attendre 1765 pour que Calas soit réhabilité après que Voltaire eut plaidé sa cause avec tout le talent et l'énergie qu'il mettait, par ailleurs, à combattre les fanatismes religieux, y compris le protestantisme, et les privilèges des Églises.

« Avec mon frère contre mon cousin, avec mon cousin contre les étrangers » : l'adage, paraît-il, résumait la spirale des massacres que connaissait le Liban plongé dans la guerre civile, durant les années 1970. Cette logique, je l'ai toujours rejetée. Faut-il l'accepter aujourd'hui, à l'heure où l'on célèbre le « village planétaire », les droits universels de la personne et l'égalité entre êtres humains ? Faudrait-il considérer comme légitime que les juifs soient solidaires d'Israël, les musulmans des Palestiniens ? On peut comprendre des proximités familiales, affectives, religieuses. « Presque tous les juifs de Strasbourg, notait un responsable du Conseil représentatif des organisations juives de France (CRIF) après divers incidents antisémites à l'automne 2000, ont de la famille là-bas. Le sentiment de base est une réaction d’anxiété pour les proches. Dès qu'un danger menace Israël, la solidarité joue à plein. » Quant aux jeunes d'origine musulmane, ils s'identifient à ces lanceurs de pierres, pour des raisons sociales - « Déshérités de tous pays, unissez-vous » - ou par un sentiment, plus ou moins diffus, d'appartenance culturelle et religieuse. Une note des Renseignements généraux du mois de décembre 2000 soulignait que les agressions antisémites, assez isolées, exprimaient surtout le défoulement de quelques jeunes des cités et qu'on ne devait pas leur attribuer de caractère politique. Mais cela durera-t-il ?

Car la gauche reste étrangement à l'écart des événements de Palestine. Figée par la crainte de débordements, faisant appel aux autorités religieuses pour calmer les tensions, elle a abandonné à leur sort ces jeunes qui grandissaient en dehors de son influence, de sa culture, de sa vision du monde. Elle n'a pas su s'adresser à eux, répondre aux tourments qu'ils rencontraient dans les cités, trouver les mots qui touchent, mener les actions qui auraient pu donner à ce qui se passait en Palestine et en Israël un contenu universel. Écoeurés, vers qui se tourneront ces jeunes ? Vers ceux qui donnent à ce combat une explication, et une solution, religieuse ou communautaire ?

Pourtant, des voix courageuses, même minoritaires, rejetèrent et cette cécité de la gauche, et la dérive des solidarités « communautaires ». Le 18 octobre 2000, Le Monde publiait un appel : « Citoyens du pays dans lequel nous vivons et citoyens de la planète, nous n'avons pas de raisons ni pour habitude de nous exprimer en qualité de juifs », écrivaient des dizaines d'intellectuels, dont le résistant Raymond Aubrac, l'ancien président de Médecins sans frontières Rony Brauman, le philosophe Daniel Bensaid, le médecin Marcel-Francis Kahn, l'avocate Gisèle Halimi, le mathématicien Laurent Schwartz, l'historien Pierre Vidal-Naquet.

« Nous combattons, poursuivaient-ils, le racisme, dont, bien sûr, l'antisémitisme sous toutes ses formes. Nous condamnons les attentats contre les synagogues et les écoles juives qui visent une communauté en tant que telle et ses lieux de culte. Nous refusons l'internationalisation d'une logique communautaire qui se traduit, ici même, par des affrontements entre jeunes d'une même école ou d'un même quartier. ».

« Mais, en prétendant parler au nom de tous Ies juifs du monde, en s'appropriant la mémoire commune, en s'érigeant en représentants de toutes les victimes juives passées, les dirigeants de l'État d'Israël s'arrogent aussi le droit de parler, malgré nous, en notre nom. Personne n'a le monopole du judéocide nazi. Nos familles aussi ont eu leur part de déportés, de disparus, de résistants. Aussi le chantage à la solidarité communautaire, servant à légitimer la politique d'union sacrée des dirigeants israéliens, nous est-il intolérable. ». Quelques semaines plus tard, avec des intellectuels arabes ou d'origine arabe, ils créaient un comité pour défendre une paix juste au Proche-Orient. Les deux groupes - ils ne furent pas les seuls heureusement - tentaient de transcender les logiques identitaires au nom de principes universels et malgré les condamnations : Roger Ascott, dans L'Arche, le mensuel du judaïsme français (juillet-août 2001), dénonça comme « une poignée de demi-traîtres » ces juifs qui n’étaient pas solidaires d'Israël. Il n'a cependant pas exigé qu'on les fusille.

Comme à chaque nouvelle crise dans la région, j'ai été sollicité pour participer à des débats. Les discussions ont souvent été acharnées. J'ai rencontré de nombreux jeunes de ton âge, lycéens ou étudiants. J'ai pris conscience que nous n'avions pas été capables de transmettre cette expérience « internationaliste » que j'évoquais plus haut. Je souhaite, contre tous les vents contraires et sans vouloir idéaliser le passé, endosser ce rôle de « passeur » et transmettre un relais. Ce désir est à l'origine de ce livre. J'ai voulu à la fois rétablir un certain nombre de faits sans lesquels aucune discussion sérieuse n'est possible et exposer les principes sur lesquels se fonde ma manière de voir le conflit.

L'affrontement en Palestine est l'un des plus anciens de la planète. Il remonte à un siècle environ, avec l'émergence du mouvement sioniste en Europe et les premières vagues de colonisation en Palestine. De la Première Guerre mondiale à aujourd'hui, il a impliqué, à chaque époque, toutes les grandes puissances, de l'Empire ottoman à la Russie tsariste, de l'Union soviétique à l'Allemagne nazie, des États-Unis à la Grande-Bretagne. Il s'est traduit par cinq guerres, dont certaines ont failli dégénérer en conflagration mondiale. Dans le programme d'histoire de terminale, qui aborde le monde d'aujourd'hui, le Proche-Orient est éclaté en plusieurs chapitres, en plusieurs thématiques. De surcroît, pour des raisons déjà évoquées, comme nombre de professeurs répugnent à aborder ce sujet « sensible », qui tombe rarement à l'épreuve du baccalauréat, la confusion est de mise. Or la connaissance est une condition indispensable à tout débat. Des points de vue divers peuvent se confronter si jeunes et moins jeunes possèdent, ce qui n'est généralement pas le cas, les éléments historiques de base. Je rappellerai donc les faits et les enchaînements qui me paraissent indispensables à tout débat sérieux.

Mais ces précisions sont insuffisantes. Après tout, il existe déjà des centaines d'ouvrages décortiquant le conflit, son histoire et ses protagonistes. Ce n'est pas pour cela que les « spécialistes » tombent d'accord. Pourquoi ? Parce que chacun lit, consciemment ou non, ce conflit à travers des « grilles d'analyse », qui donnent un « sens » aux événements. Que répondre à quelqu'un qui proclame que la terre d'Israël a été donnée aux juifs par Dieu ? Peut-on contester Dieu ? Une vision religieuse, fondée sur un message divin, est non négociable. Comment convaincre des élèves musulmans qui pensent que la Palestine est un waqf (bien de mainmorte) islamique et qu'elle ne peut être un élément de marchandage ou de compromis ?

Comprends-moi bien. La ligne de démarcation, pour ce qui concerne la Palestine ou pour tout autre affrontement, ne passe pas toujours entre les religieux et les autres. Certains laïques défendent des positions nationalistes extrémistes, qui attribuent une supériorité aux « leurs » contre les « autres » - nous l'avons vu en Serbie ou en Croatie.

Par ailleurs, certains religieux recommandent une lecture humaniste. Dans une tribune publiée dans le quotidien Le Monde du 9 janvier 2001, le rabbin David Meyer rappelait que, dans la tradition juive, l'idée de « terre sainte » ou de « promesse inconditionnelle » sur la terre d'Israël n'existe pas. Il citait le chapitre IV du Deutéronome (un des premiers livres de la Bible) : « Maintenant donc, ô peuple dIsraël, écoute les lois et les règles que je t'enseigne pour les pratiquer, afin que vous viviez et que vous arriviez à posséder le pays que l'Éternel, Dieu de tes pères, vous donne. [...] Voyez, je vous ai enseigné des lois et des statuts, selon ce que m'a ordonné l'Éternel, mon Dieu, afin que vous vous y conformiez dans le pays où vous allez entrer pour le posséder. Observez-les et pratiquez-les ! Ce sera là votre sagesse et votre intelligence aux yeux des peuples [...].Or, quand vous aurez engendré des enfants, puis des petits-enfants, et que vous aurez vieilli sur cette terre, si vous dégénérez alors, si vous fabriquez une idole, image d'un être quelconque, faisant ainsi ce qui déplaît à l'Éternel, ton Dieu, et l'offense, jen prends à témoin, aujourd'hui contre vous, les cieux et la terre ; vous disparaîtrez promptement de ce pays pour la possession duquel vous allez passer le Jourdain, vous n'y prolongerez pas vos jours, vous en serez proscrits. » Et le rabbin s'interroge sur ce culte insensé « que constitue l'idolâtrie de la terre d'Israël, du "Grand Israël", qui fait passer « les notions de sainteté et de sacré avant celle du respect de la vie humaine ». Certains de nos intellectuels laïques devraient en prendre de la graine.

Pour ma part, je n’appartiens à aucun « parti de Dieu », je me contente, comme le « bâtard Goetz », le personnage central de la pièce Le Diable et le Bon Dieu, de Jean-Paul Sartre, d'appartenir à celui des hommes, ou plutôt à celui des êtres humains. Je ne reconnais aucune hiérarchie entre eux, pas plus que je ne classe sur une échelle ascendante ou descendante les communautés religieuses ou nationales ; Même si je comprends que, pour des raisons parfois familiales, quelquefois religieuses, souvent culturelles, nous puissions nous sentir plus proches de tel ou tel peuple... À condition de ne pas l'idéaliser, à condition de ne pas absoudre les crimes commis en son nom.

Claude Lanzmann est le directeur des Temps modernes, une revue fondée par Sartre. Elle joua - mais c'était bien avant ta naissance - un rôle dans le débat intellectuel français. Lanzmann a commis un film pitoyable et apologétique sur l'armée israélienne. C'est son droit, nous sommes dans un pays libre. Il en a réalisé un autre, marquant, sur le génocide des juifs. I1 en a tourné un troisième intitulé Pourquoi Israël ? À aucun moment il n'y évoque les Arabes. Interrogé sur le pourquoi de cette absence, il répond, dans une tribune du Monde (7 février 2001) : « C'est à eux de le faire. » Arrête-toi une minute sur l'aberration de ce propos. Les Noirs devraient écrire sur les Noirs, les Arabes sur les Arabes, les juifs sur les juifs... Logique ethnique, tribale, logique de guerre, éloignée de tout idéal humaniste.

En Palestine, il n'existe pour moi aucun droit « naturel » ou « religieux ». Remonter à trois mille ans ou même à mille ans pour définir quel arpent de terre appartient à qui est un exercice absurde, illégitime, mais aussi sanglant. Une telle argumentation a été utilisée par la direction de Belgrade pour justifier un « droit » sur le Kosovo, « berceau de la Serbie ». Nous savons que les nations modernes remontent au XVIIIe siècle et à la Révolution française. Je reviendrai sur ce point dans le chapitre III. Mais l'occupation de telle région française par des tribus germaniques ou de l'Aquitaine par les « Anglois » ne crée aucun droit...

Comment, alors, s'y reconnaître dans des revendications opposées ? Par l'affirmation du primat du droit international. Que disent, en substance, les résolutions des Nations unies sur la Palestine et sur Israël ? Elles reconnaissent que, désormais, sur la terre historique de la Palestine sont installés deux peuples, l'un juif israélien, l'autre palestinien, et que ces deux peuples ont droit chacun à leur État indépendant.

Nuançons néanmoins cette symétrie. D'abord, le peuple israélien dispose déjà d'un État depuis plus de cinquante ans, alors que les Palestiniens en sont toujours privés et vivent dans l'exil forcé ou sous occupation. D'autre part, la situation actuelle est née d'une injustice originelle : les Palestiniens ont été chassés de chez eux, notamment en 1948-1950, par les milices juives puis par l'armée israélienne, comme je le développerai dans le chapitre IV. Cette expulsion, longtemps niée ou refoulée en Israël comme en Occident, est désormais un fait établi, grâce notamment aux travaux des « nouveaux historiens » israéliens. Nous vivons à une époque et dans un ensemble, l'Europe, où l'on invoque à satiété le « devoir de mémoire ».Très bien, mais ne faisons pas preuve de sélectivité. L'injustice faite aux Palestiniens mérite, comme d'autres - multiples durant la période coloniale -, réparation et d'abord reconnaissance. Cette dimension morale ne peut être occultée car elle conditionne une réconciliation entre Israéliens et Palestiniens.

Sur ce conflit pèse lourdement le génocide des juifs. Les prises de position, en France comme au Proche-Orient, sont marquées au fer rouge par ce qui constitue un des crimes les plus abominables de ce siècle. L'anéantissement des juifs par le nazisme et ses alliés, l'incapacité des grandes puissances de l'époque à stopper ce crime ont créé une culpabilité dans les opinions occidentales et une inclination en faveur de ceux qui se revendiquent comme héritiers de l'histoire et de la mémoire des juifs. Ce martyre a favorisé le vote de l'Assemblée générale des Nations unies du 29 novembre 1947 en faveur du partage de la Palestine, et donc de la naissance de l'État d'Israël. Mais ce sont les Palestiniens qui ont payé le prix d'un crime qu'ils n'avaient pas commis. Je reviendrai aussi plus longuement, dans le chapitre V, sur cette contradiction.

Quand on évoque le Proche-Orient, on ne peut pas être « au-dessus de la mêlée ». La neutralité relève de l'illusion. Pourtant, je refuse la solidarité abstraite avec un des deux camps. Je ne pense pas qu'un peuple, quel qu'il soit, soit « bon », « juste », « supérieur » par nature ou par une quelconque grâce divine ou immanente. Aucun peuple n'est investi d'une « mission supérieure ». En revanche, il existe des « causes justes ». Cette distinction échappe parfois aux commentateurs. Richard Liscia, dans un article sur - ou plutôt contre - la presse publié par L'Arche en novembre 2000, dénonçait un des « mécanismes » des médias et du public, la solidarité avec les « révoltés » : « L'admiration du public pour les grévistes de la SNCF et de la RATP, ou pour les transporteurs routiers - qui, pourtant, lui empoisonnent l'existence -, n'est peut-être pas sans rapport avec la défense frénétique de la cause palestinienne. On se range maintenant, presque systématiquement, du côté des révoltés. » Faut-il vraiment s'offusquer que l’opinion soit, spontanément, du côté des victimes ?

Dans Le Figaro, le psychanalyste Daniel Sibony explique que « l’opinion occidentale n'"aime" les gens que victimes. Elle aime les juifs victimes des camps (elle les aime surtout après les camps) et elle aime les Palestiniens victimes des juifs. » Propos ambigu sur les camps mais, encore une fois, est-il si anormal de se sentir solidaire des victimes ? Non, à condition de retenir cette leçon de l'histoire : les victimes d'hier peuvent, malheureusement facilement, se transformer en bourreaux d'aujourd'hui. Les exemples abondent, comme celui, très récent, du Rwanda. Les Tutsis ont été victimes de la part des Hutus d'un génocide, mais une de leurs organisations a réussi à conquérir le pouvoir et elle a commis de terribles massacres. Faut-il pour autant absoudre les responsables du génocide des Tutsis ? Pierre Vidal-Naquet, historien et pourfendeur de la torture durant la guerre d'Algérie, combattant inlassable des causes justes, cite cet ancien commentaire rabbinique de la Bible, que je dédie aux croyants et aux mécréants : « Dieu est toujours du côté de qui est persécuté. On peut trouver un cas où un juste persécute un juste, et Dieu est du côté du persécuté ; quand un méchant persécute un juste, Dieu est du côté du persécuté ; quand un méchant persécute un méchant, Dieu est du côté du persécuté, et même quand un juste persécute un méchant, Dieu est du côté de qui est persécuté. »

Les intellectuels français, eux, ne le sont pas toujours. Le silence de nombre d'entre eux depuis le déclenchement de la seconde Intifada est assourdissant. Et puis, parfois, on aurait préféré qu'ils s'abstiennent. Dans une hallucinante tribune (Libération, 10 juillet 2001), trois d’entre eux, Marc Lefevre, Philippe Gumplowicz et Pierre-André Taguieff, soutenus par une dizaine de leurs collègues, dénoncèrent la visite de solidarité d'une délégation qui comprenait notamment José Bové dans les territoires occupés. Le surtitre résumait le propos : « Les malheurs des Palestiniens viennent de leur direction politique corrompue et non des colons israéliens, comme l'affirme le leader syndical [José Bové]. » Les 400 000 colons ? Seule une petite minorité d'entre eux - 30 000 - sont des fanatiques religieux ; pourquoi s’inquiéter alors, ils seront évacués le moment venu. La répression israélienne ? Elle n'est même pas évoquée, les signataires dénoncent uniquement les attentats « barbares ». « Les bases d'un accord définitif pour solde de tout compte » ? Elles ont été définies à Taba en janvier 2001, écrivent les auteurs, ce qui est vrai ; seul Arafat n'a pas voulu se saisir de cette chance, ce qui est mensonger. À moins que ce ne soit pure ignorance érigée en argument théorique. Une solution fondée sur deux États est la seule possible ? Nous sommes béats d'entendre qu'Ariel Sharon « l'admet également quand les micros sont débranchés ». Sans doute comme l'Afrique du Sud de l'apartheid acceptait l'indépendance des bantoustans... Le jour de la parution de ce texte, l'armée israélienne détruisait une vingtaine de maisons palestiniennes à Jérusalem et dans la bande de Gaza. Nombre de familles se retrouvaient à la rue. Mais pourquoi s’inquiéter, ces maisons seront reconstruites un jour...

Décidément, on applique à ce petit territoire Palestine-Israël d'autres principes, d'autres règles d'analyse que ceux que l'on utiliserait ailleurs. Je suis toujours confondu de constater que des intellectuels éminents, prompts à se mobiliser pour d'innombrables causes, renâclent quand il s'agit de la Palestine. Même un philosophe comme Jean-Paul Sartre, dont les positions généreuses sont connues, de la guerre d'Algérie à la lutte des Noirs américains, était pour le moins timoré en ce domaine. Souvent inconsciemment, nous appliquons au Proche-Orient la règle « deux poids, deux mesures ».

« Est-ce ratiociner que de se demander d'où venaient ces enfants, qui les avait mis en première ligne, dans le cadre de quelle lugubre stratégie du martyre ? [...] Est-ce faillir, oui, que de suggérer que la brutalité insensée de l'armée sud-africaine, cette débauche et cette disproportion des moyens employés étaient une réponse à ce qu'il faut appeler une déclaration de guerre des Noirs ? »Ces mots, s'ils avaient été écrits au lendemain des émeutes de Soweto de 1976, qui virent se soulever la jeunesse des townships d'Afrique du Sud, auraient définitivement discrédité leur auteur...

Or ce texte, Bernard-Henri Lévy l'a écrit dans Le Point du 13 octobre 2000. On lisait ainsi : « Est-ce ratiociner que de se demander d'où venaient ces enfants, qui les avait mis en première ligne, dans le cadre de quelle lugubre stratégie du martyre ? [...] Est-ce faillir, oui, que de suggérer que la brutalité insensée de l'armée israélienne, cette débauche et cette disproportion des moyens employés étaient une réponse à ce qu'il faut appeler une déclaration de guerre des Palestiniens ? » Des dizaines de jeunes de moins de 18 ans, parfois des enfants, furent tués durant les premières semaines de la seconde Intifada. Et Bernard-Henri Lévy se demande ce qu'ils faisaient en première ligne. Se serait-il posé la question si ces jeunes avaient été bosniaques ou tchétchènes ?

Quelques semaines plus tard, Bernard-Henri Lévy « rectifie » légèrement le tir, si l'on peut dire, à la suite d'un voyage en Palestine : « Un argument que je n'utiliserai plus, reconnaît-il, après avoir entendu des mères palestiniennes me dire, comme toutes les mères du monde, leur folle angoisse quand, à l'heure de la sortie de l'école, elles ne voient pas rentrer leur fils : "les enfants délibérément mis en avant, sciemment transformés en boucliers humains, etc." » Mais il ajoute que le petit Mohamed El Dourra, cet enfant dont la mort a été filmée en direct par les caméras de télévision, a été tué par « une balle "perdue" », non par « le tir ciblé d’un soldat juif assassin d'enfants » (Le Point, 24 novembre 2000). Ainsi, Bernard-Henri Lévy a besoin de faire le voyage en Palestine pour comprendre que les mères palestiniennes ne hurlent pas de joie quand tombent leurs enfants, que les Palestiniens sont, tout simplement, des êtres humains ?

L'Histoire joue parfois de drôles de tours, comme le prouve cette information. La manifestation a été très dure. Les affrontements se sont prolongés. À l'issue d'une journée d’émeutes, on relève 9 morts et 44 blessés graves. Sur ces derniers, 18 sont âgés de 8 à 16 ans, 14 ont entre 16 et 20 ans. La presse dénonce alors ces parents qui se servent de leurs enfants comme « boucliers humains » ou qui les envoient au casse-pipe alors qu'eux restent tranquillement à la maison. Ces faits se passent bien en Palestine, mais en... novembre 1945 à Tel-Aviv. Les manifestants étaient alors des juifs qui protestaient contre les restrictions de l'immigration. Davar le quotidien de la centrale syndicale juive (la Histadrout) publia une caricature qui lui coûta une interdiction d'une semaine : un médecin, aux côtés d'enfants blessés sur leur lit d'hôpital, dit à un collègue : « Bons tireurs, ces Anglais ! Des cibles si petites, ils ne les ratent pas ! »

Cet épisode a été rapporté par Charles Enderlin, correspondant de France 2 à Jérusalem, dont l'équipe a filmé en direct la mort du petit Mohamed El Dourra. Bernard-Henri Lévy aurait-il écrit à l'époque que les jeunes manifestants avaient été tués par une « balle perdue » ? Et que signifie sa formule « soldat juif assassin d'enfants » ? Une semonce à tous ceux qui critiquent l'armée israélienne : vous seriez porteurs d’un antisémitisme camouflé, vous propageriez les pires clichés de l'antisémitisme, des juifs meurtriers d'enfants. Si notre « philosophe » avait tout simplement lu la presse israélienne, il aurait su que, oui, des soldats israéliens tuent délibérément, y compris des enfants.

La journaliste israélienne Amira Hass a publié ce dialogue insensé avec un tireur d'élite de l'armée israélienne : « On nous interdit de tuer les enfants », explique-t-il en parlant des ordres de sa hiérarchie. Mais il ajoute :« Vous ne tirez pas sur un enfant qui a 12 ans ou moins. Au-dessus de 12 ans, c'est autorisé. C'est ce qu'ils nous disent » (Le Monde, 24 novembre 2000). L'organisation israélienne de défense des droits humains B'Tselem, s'appuyant sur les chiffres mêmes de l'armée israélienne, a montré que dans les trois quarts des incidents les plus mortels, entre le début de l'Intifada et le 15 novembre 2000, on n'avait décelé aucune présence de tireurs palestiniens (International Herald Tribune, 14 décembre 2000). La presse a mentionné les nombreux cas où des Palestiniens, oui, des enfants, avaient été délibérément tués alors que la vie des soldats n'était nullement en danger. Le refus de l'armée d'ouvrir des enquêtes sur la plupart de ces cas encourage évidemment un tel comportement. Et une enquête du journaliste israélien Joseph Algazy, du quotidien Haaretz, a révélé le cauchemar de dizaines de Palestiniens de 14, 15 ou 16 ans battus, maltraités, torturés dans les prisons israéliennes.

L'affaire de Mohamed El Dourra a frappé un point sensible, provoquant d'autres réactions ahurissantes. Claude Lanzmann, encore lui, a expliqué dans Les Temps modernes ce qui le « révolte » dans l'affaire : « C'est que cette mort a été filmée en direct par le cameraman arabe d'une chaîne française de télévision. Moi, si je vois un gosse qui risque d'être tué sous mes yeux, ma tendance serait plutôt d'y courir et d'essayer de le sauver plutôt que de flatter ce que Lacan appelait la pulsion "scopique" (ou "scoopique", comme on voudra). » Charles Enderlin, dont dépendait Talal, le cameraman mis en cause, s'interrogeait dans un courrier au Monde, où il se définissait ironiquement comme « journaliste juif de la chaîne française France 2 » :« Devons-nous signer nos reportages en signalant aux téléspectateurs notre appartenance nationale ou religieuse : journaliste juif, cameraman arabe, preneur de son chrétien, monteur vidéo vietnamien ? » Et il précisait : « Sous le feu pendant quarante minutes, [Talal] a craint lui-même d'y laisser la vie, m'appelant plusieurs fois depuis son téléphone portable pour me demander de m’occuper de sa famille si lui aussi était tué. Les autres cameramen présents sur les lieux ont filmé la scène, Talal et son assistant se protégeant derrière une camionnette blanche au milieu du carrefour. Un ambulancier a tenté de porter secours au petit Mohamed et à son père. Il a été tué. Mais faut-il souligner qu'il était arabe, palestinien et musulman ? »

Une seule question mérite d'être posée : comment un soldat peut-il viser des enfants et les tuer ? Toute autre interrogation est obscène, s'émeut le psychiatre palestinien Eyad Serraj. C'est de cette obscénité que nous devons nous garder en plongeant dans l'histoire de ce conflit. Je n'entrerai pas dans le détail, les livres sont innombrables sur le sujet ; je ferai le choix des enchaînements qui me semblent indispensables pour comprendre le conflit. « Vers l'Orient compliqué, je m'envolais avec des idées simples », a écrit Charles de Gaulle. Cette formule rabâchée sert souvent à justifier des prises de position en contradiction avec les valeurs universelles. Envolons-nous plutôt vers cet Orient compliqué avec la boussole de la raison humaine.

Alain Gresh

Alain Gresh est directeur adjoint du Monde diplomatique. Spécialiste du Proche-Orient, il est notamment l'auteur de L’islam, la République et le monde (Fayard, Paris, 2004) et de Les 100 clés du Proche-Orient (avec Dominique Vidal, Hachette Pluriel, Paris, 2003). Il tient le blog Nouvelles d’Orient.